14 février 2013

Orée

La-poupee1



Qu’écrire ? Chaque jour c’est la même question. La même angoisse. Le même silence d’orée du monde. C’est la même et puis sans cesse une autre, des centaines d’autres, qu’écrire ? ne suffit jamais, comment, pourquoi, à quoi bon, pour qui, dans quel but, les questions se tiennent la main, farandoles d’enfants apeurés.

Certains matins, on se tait. On rejoint dociles le flux. On se préoccupe du concret, des heures, des faits, de ce qui devrait seul, chaque matin, nous accaparer, comme tout un chacun, comme on a vu faire, comme on est sensé vivre.

D’autres on se jette dans la gueule du loup. Il faut écrire. Peu importe comment. Laisser de côté la prétention de la forme. Revenir aux souches. Revenir aux racines. Dire le pavé humide et l’humanité des réverbères, le rideau de brumes. Dire quand c’est clair et quand c’est gris. Dire de quelle couleur est le mi-chemin. Dire l’inapte, le consolé, l’insignifiant. Tout ce qu’on dit, tout ce qu’on dit de bien, part d’une transparence. Nous sommes des énoncés opaques et dérisoires. Nous sommes des phrases à ne rien dire de plus et à former quelque chose d’une langue. Dire le pâle, l’ombre et le nu. L’arbre, l’automne et les femmes. Le rythme, l’écho, la caresse. Dire, tout, rien, là, dans l’entrebâillure des rêves, là, juste avant l’effacement.

 

Crédit Photo : Jeff St Pierre

 

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11 février 2013

Voeux ?

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Chuchoter
Tenter l’immobile : L’Etre.
Recevoir le monde.
Coller son oreille à la pâleur du jour.
Se tenir debout.
Bras ouverts sous les pétales d’hier.
Accueillir. Ne plus chercher à nommer.
Agrandir, Assouplir les liens
Faire de la place pour demain.
Se contenter du jour qui vient
Et de nos traces pour le parcourir.
Chausser nos semelles de vent.
Réinventer le rêve.
Apprendre à voler dans le bitume.
A aimer dans les cendres.
Appeler l’enfant.
Retrouver le nid qu’il a tissé en soi.
Laisser couler l’histoire
La cascade d’instants.
Etre pierre, algue, lisse sous sa chute,
Apte à recevoir la caresse du vivre.

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27 décembre 2012

Veille

Les ailes-du-desir

 

L'aube se lève
L’aube se lève et comme des chiens
Cherchons de l’air dans ses entrailles
L’aube se lève, on sent qu’il faut écrire
Ecrire à contrer le gris des funérailles

Je ne veux rien dire de définitif. Rien d’enlisé.
Je veux ouvrir des portes, des cœurs, des chimères
Sculpter la preuve des mots sur le cuir des jours
Porter aux nues l’intimité précaire
 
Qu’aurais-je à dire demain ?
Qu’aurais-je à dire d’un cortège d’ombres en larmes ?
Qui dépliera le chagrin ?
Où le monde trouvera-t-il encore un verbe qui tienne ?

Qu’aurais-je à dire quand le sort sera rompu ?
Qu’écris-t-on sur une poignée de terre ?
Quelle langue parlent les gouffres ?
Comment aboie-t-on dans les cimetières ?

Je veux des mots en marche, des mots en vie
Rassembler mon corps d’écriture
Et qu’il lutte, saigne, s’essouffle
Qu’on sente le combat dans mes ratures

Qu’aurais-je à vivre si tout cela est sans le sens ?
Comment aimer après la dernière buée de lèvres ?
Lever les yeux, prier sans dieu, Voir !
La couleur du ciel est notre dernière issue

Je veux des livres, des opéras, des lettres d’amour
Ecrites à fleur de tripes, à sueur d’étreintes
Je veux des hommes, des sœurs, bâtir dans leurs mains
Ma ligne de vie, ma dernière écorce, mon cri

Nous n’avons plus le choix face au trou noir
De garder nos écrous pour plus tard
Il faut l’immense et la folie du jour, il faut la mer
La liberté était donc partout où nous ne cherchions pas…
Il faut apprendre à nous tenir debout sur la poussière

Pourtant je m’agenouille un instant dans ce silence
Sur la plage écris Je t’aime...
De toi à moi,  secrète messe
Les mots s’écrivent dans le sable pour qu’un jour le vent les fasse poème

L’aube se lève
La rose blanche du jour
Il reste encore un peu de vivant
Pour qui sait ? L’amour s’il est encore temps

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08 décembre 2012

Silence

Nicolas Genette Occlusion



Ca finit toujours par le silence.
La vie. Le texte. L’amour.
La neige. L’ivresse et le temps qui passe. L’étonnement. Le ciel et puis l’enfance. La sourde cacophonie des hommes. Tout ca. Ca finit toujours par le silence.

C’est entre les deux, seulement, que l’on essaie d’écrire.

Peut-être qu’enfin, hors orgueil, hors destin, nus et déplumés, toute mendicité avouée, peut-être que la véritable œuvre se trouve être dans notre manière d’habiter ce silence.
Juste et seulement ce silence.
Du début vers la fin.

Seulement, il y a comme une déchirure.
Une place à prendre qui s’invente sans se remplir jamais. Une pièce d’espace volée au temps, un sas de sens. Illusoire, enfantin, désespéré.

Le livre serait l’intermède choisi par le silence pour rejoindre ses paumes…
Et dans cette déchirure… le sourire du vent.

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24 novembre 2012

Du bout des doigts

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19 novembre 2012

...

Camille, amants



Tu n’es plus là parce que tu es moi
Et que je suis ailleurs
JE et TOI c’est tout comme
Et l’on s’en va mourir au club des nuits cassées

 

Qui donc réparera…
L'âme des amants tristes ?

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20 août 2012

d’André Kertész

 

On ne sait jamais bien si ça va revenir. Si ca va revenir et si ca va rester. Mais ça, encore, souvent, on en est loin. Loin de se demander si ça va rester. Parce qu’il faudrait déjà que ça soit revenu pour rester. Toujours est-il que le plus souvent, on en est loin.

On ne sait jamais bien si ça va revenir. Et puis encore, sous quelle forme ? L’inespéré, l’absolu, l’éphémère ? Une seconde, quelques lunes, une vie ? On creuse, on fouine, il y a bien quelques souvenirs. Des semblants de semence oubliés en soi. Mais on ne sait pas bien ce que c’est, comment ça se donne, par où ça guette. Un parfum, une couleur, des yeux, un sourire volé au bitume, des riens de tout ça qui font la vie plus loin.

Enfin On je sais pas. On. Peut être pas tout le monde. Peut être qu’il en est qui savent naviguer sur les lames sans trop se prendre de ressacs. Peut être même qu’il en est qui savent juste virevolter. Au gré des flots, comme ça. Des corps volontaires. Des souples de l’âme.
Non, On je ne sais pas. Quelques uns en tout cas, une bonne patrie. Ca pourrait rassurer. Ca rassure parfois, ça on dit pas. Mais le problème avec ces choses là, c’est qu’on est toujours seuls en soi. Des milliers d’îles à se savoir le même océan sans pouvoir le franchir.

C’est que les hommes sont des archipels. De petites terres, chacune leur langue et leur regard , chacune leur source et leur peau. De petites terres cernées de bleu, à le voir un matin miraculeux de beauté, quelques astres plus loin terrifiant d’éternité. Jamais le même bleu, c’est ce qu’il faut admettre. Apprendre à ne pas regretter l’indigo et à fendre l’anthracite. Tu es de ton bleu. Moi du mien. Et à moins de mourir, ce qui est le moins du moins, il faut bien y oser les fiançailles.
Quand nous sommes des archipels sidérants de solitude.

Qui ne savent jamais bien si ça va revenir. Le beau, le miraculeux et l’éternel. Alors en attendant, on gratte. On gratte le ciel, on gratte le soi, l’amour et puis la mer. On cherche le beau sous les gravats des rêves. Le mot. On gratte la pierre, la toile, la feuille, on gratte le sens. On sort en sueur. Sang. Larmes. On n’est plus que cette attente qui palpe le pouls d'elle-même. Et puis on se trouve, là, on ne sait pas trop comment, un beau soir, à nommer le beau sous les gravats du monde.

L’instant d’après ?
On ne sait jamais bien…

 

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06 juillet 2012

Bruno Decuyer

 

 

- La vie cède-t-elle une dernière halte à ceux qui n’ont su augmenter le voyage ? -

 

Crédit Photo : Bruno Decuyer

 

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27 juin 2012

Qui veut se souvenir doit se confier à l’oubli, à ce risque qu’est l’oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir.

Maurice Blanchot, L’attente l’oubli.

 

Je suis le moment d'oubli qui fonde la mémoire.
Je suis ce point de morne et suffocante réflexion, la projection instantanée d'une errance future et d'un mensonge mort. Chaque brûlure est un passage, une défaite approfondie. Au haut crucial où s'abolit la danse, l'expiation commence et l'acte nul. Mais de l'opération qu'ils impliquent et renoncent, j'augure ironiquement d'un orgasme définitif.
De ce mal qui s'étire dans la longue saignée des siècles, je suis l'exacte et pure abstraction.
- Le nœud d'asphyxie formelle.
Ignorez-moi passionnément ! 

Jacques Dupin, Le corps clairvoyant. 

 

Elle ne l'oubliait pas, elle oubliait. Il était encore pour elle, dans l'oubli où il avait disparu en elle, tout ce qu'il était. Et il l'oubliait aussi: on ne peut se souvenir de qui ne se souvient.

Pourtant, tout demeurait inchangé.

Maurice Blanchot, L'attente l'oubli.



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16 juin 2012

Pronominale

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Quand je dis Je,
Je dis Tu
Le Nom n’a pas d’autre antre
Encore,
Que le Nous dont nous naissions

L’écriture est à elle-même son propre regret
Pour celle qui rêve, le jour n’est plus à prouver.

Tu es,
Ma nouvelle absence,
Mon prochain regret
Ma farandole de silences
Mon opéra mort-né
Mon rêve et puis ma plaie
Mon antre et mon errance
Ma dernière poignée de terre
Ma fuite, mon ailleurs, ma distance
Ma patrie secrète et mon trésor
Ma lande de solitude
Mon Ile
Mes Yeux

Je suis là, agenouillée
Rampant dans mon Debout
A chercher dans l’ombre d’un réverbère
Comment donner un nom à la lumière
Je suis vivante des phrases qui viennent de mourir
Fantôme précoce parmi les hommes
Mise à mort quotidienne renaissant de sa nuit.
Je suis un paradoxe nu
Tremblant d’un amour impossible à confier

Je ne suis pas là.
Je ne sais pas l’être.
Mais ne t’éloigne pas, toi qui sais
Sens,
Comme je suis proche, en toi, de nommer la lumière.

Maintenant que je t’ai fui,
Je vais pouvoir t’aimer…

 

Crédit Photo : Eugeny Kozhevnikov

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02 juin 2012

L'Autre Aurore

 

sylvaine vaucher 211794937 

Un soir de vent prépare son monde. Albatros brûlant, naufragé du ciel, dément à s’en brûler les ailes sous les décombres des villes, fou à sangloter dans un rire. L’antre est plongé dans le noir et nous ressemble plus que jamais, nous et nos pauvres mystères opaques. Valse des flammes enlacées aux miroirs. Briques, cœurs, bois, bouches, plongés dans le noir. Derrière la porte, la pluie se prépare, l’orage repasse sa robe de bal.
La cire coule ses continents sur l’ambre du marbre et vacillent les ombres, infimes soupirs.
Le vent apprête et rugit son monde.

Et si pour une fois, en ce chagrin, en cette silhouette du renoncement, j’avais une longueur d’avance sur moi-même…
Cela exige de risquer ? Risquons.
Cela exige de perdre ? Perdons.
Ce qui se déchire en moi est peut-être ma vraie déchirure… Fissure par où renaître des cuisses du monde.
Et si, au bout du compte, à écouter le vent, on entendait bruire en lui ce qui n’est pas advenu.
Et si chantaient dans ses cordes d’improbables lendemains sur lesquels déposer les guerres de ce jour.
Et si nous cherchions à traduire ce qui n’est pas encore écrit.
Et si la vérité était ailleurs. Sur la page de ce qui reste à inventer… avec les bougies de ce soir, avec ce chagrin et cette envie d’en finir...
Et si la vérité était au bout du vent, derrière l’orage et la valse des flammes.

Vois, ce fragile bambin. Comme il se jette sans filet, sans poser le doute de demain. La chute sera peut-être rude mais le sommet le valait bien. Vois comme il se joue d’un arbre et se déguise d’une ombre. Comme il défie les mythes et les nuages.
Notre seule richesse tient dans ces poches tombantes de billes et d’osselets.
Notre seule âme est au ciel des phares, marelles de craie dessinées sur l’éphémère du pavé.
Notre seul corps est de courir cette vie, avec un lierre d’étoiles au fond du ventre, et qui grimpe, grimpe, la constellation d’une lumière encore vibrante.

Et si les cendres de ce soir n’étaient que le bâti d’une autre aurore ?

C’est comme laisser partir une histoire d’amour. Ca vous arrache un bras. Ca vous ampute l’histoire.
A rebours. Le livre d’images feuillette son rêve. Revient aux nerfs des premières sèves. Tout est passé par là. Tout a foulé le chemin. Les regrets, les dédains, les larmes et les reproches. Mais, tout a eu beau crisser et rompre, perdre et mourir, à les retrouver là, plongés dans les brouillons d’une vie, rencontrons malgré nous l’enfant du tout premier espoir… l’oiseau du tout premier amour.
Le corps qui court cette vie, la lumière encore vibrante.
Je pense à ton départ, à ton sourire, tes épaules, à la fossette de ton rêve quand il regagnait mes mains, aux rides de tes yeux quand elles se berçaient d’enfance à l’angle de mes reins, à ton souffle, tes mots, la musique de nos étoiles, les noires de ton pouls, les blanches de ton attente, les croches de ton désir, à ton exil, à tes déroutes, à l’oiseau de ta voix qui m’envolait, à la caresse de ta peau qui me réparait, au voyage de ton regard sur le quai de ce train, quand tu ne m’as pas dit Viens…
Je pense aux bagages que j’ai déposés dans tes yeux, ce jour là trouble comme un songe, clair comme un serment, ce jour là qui ne croyait plus voir de nuit…

Un soir de vent dans l’être, un soir d’orage dans les veines, et qui prépare son monde. Lisse et lave, jette et range. Poussière, cendres, gravats de soi. Chimères, chemins, décombres d’hier. Capituler. Faire de la place pour demain. Un soir qui se ferme comme une main sur une poignée de sable, d’hivers et d’amours, d’autres et d’ailleurs. Dérapent les doigts sur la peau d’une pluie.
Une main qui t’en remets au vent et ferme sa caresse.

 

Crédit Photo : Sylvaine Vaucher 

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Infante de fortune

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Nous ne choisissons que les outils, finalement.
La matière aussi parfois.
Je reste sceptique quand à la liberté des formes…

Je suis l’héritière d’une femme au cœur bleu ciel et d’un marin de glace.
Sirène blanche née au hasard d’une date pourpre.


Je ne suis pour rien aux paysages qui me précèdent.
Je ne suis pour rien aux regards qui me fécondent.

Je suis mille fois vos mille hasards
Et je me console d’en avoir été un jour le rêve :
L’étreinte.

 

Crédit Photo : Auguste Rodin, Détail de la Porte de l'enfer.

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31 mai 2012

Le revenir des jours

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Ecrire est vain à percer le mystère.
Il est des choses qu'il faut renoncer à traduire. Des regards jumeaux, du vent dans les voiles, des nuits de murmures et d'étoiles, de l'autre dans l'armure, de l'amour dans le ventre, du chagrin dans les veines.
Tout a demeuré mémoire,
Tout est resté souvenir.

Vie encore sise dans les linges du temps.
Je me reviens de si Longtemps...

 

Crédit photo : Andre Kertesz.

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26 mai 2012

Une page blanche, un désert, un silence



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Depuis l'aube c'est là et ça ne désemplit pas. Un oursin dans le ventre, une algue échouée au sud du sein, c'est là sous toutes ses formes, jusque la mer au bord des yeux. Une page blanche, un désert, un silence. Ca qu'on voudrait y mettre du beau. Ca qu'on voudrait y mettre du sens.

Suffit pas qu'on ressente, non, faut encore qu'on comprenne. Suffit pas qu'on comprenne, non, faut encore qu'on traduise. Et l'homme d'écrire, et l'homme de peindre, comme le dernier rescapé d'un rêve englouti.
Ce qui est pourrait suffire à être... Prendre ce qui est : le boire, l'imbiber, l'étreindre, de tout son corps. Elle est belle cette page blanche. Il est doux ce silence. Il est plein ce désert. Quel besoin d'envahir de notes et de mots, de noircir de couleurs le tableau ?
Quel besoin de se faire maîtres en ce monde nu dont nous ne sommes qu'hôtes ?

Depuis l'enfance c'est là et ça ne se console pas. On reste toujours en ce chagrin, à chercher la voix d'une femme pour adoucir le noir : en la gorge de l'épouse, en l'encolure de l'œuvre, entre les pages de ton corps, en cette histoire que je connais par cœur, mais qu'en obstinée, je te veux me raconter, encore.

Suffit pas qu'on vive, non, faut encore qu'on dure. Et qu'on laisse une trace, une empreinte, qu'on grave l'écorce, puis la brique, qu'on brave en vain le marbre. Et chaque jour qui forme la quête du précédent. Pas fichus de vivre l'immédiat que ça veut tenter l'impossible. Un jour de plus qui devrait être un deuil de moins. Nos heures sont contées sur les rides de nos mains.
Qu'ais-je fais de ces jours qui me ressemble ? Le temps a coulé sur le dos des rivières, emportant avec lui la fonte des âmes, des souffles et de nos dernières prières. Qu'ais-je fais de cette vie qui me rassemble ? Avec quels bris, reconstituer l'histoire ? Qu'ais-je fais de mes derniers osselets d'espoirs ?

Depuis l'amour c'est là et ça ne change pas. Deux mains se frôlent, deux mains se nouent, s'espèrent et se rattrapent. Deux mains seraient bien trois à s'emmêler encore jusque plus tard. Puis se serrent, se serrent, se serrent, jusqu'à garrotter elles-mêmes ce qui les rendait libres. Une page blanche, un silence, un désert. Demain devient étroit sous le toit d'être nous.

Suffit pas qu'on aime, non, faut encore qu'on possède. Et qu'on se fasse des aveux, et qu'on se donne des promesses. Et qu'on plie l'autre en soi comme un billet dans la poche, et qu'on le froisse, et qu'on use les peaux, les pouls, et tout ce qu'on avait d'innocence encore.
La nuit d'ébène tombe sur les hommes de glaise. Lourde, dense, épaissie de ses drames.

Je me souviens d'un temps sans la moindre fêlure. Quand tu étais la moelle de mes sourires, Quand j'étais le sang de tes fissures. Je me souviens, ma lune, quand tu venais avec la nuit. Le jour coulait en ses bras sa flamme, et déposait des soleils à la place des serments. L'amour se roulait dans ses bras comme une femme, le temps se couchait, nous étions vivants.
J'avais envie d'un moi qui soit en vie de nous.

Tu sais, j'ai peur ce soir d'arriver trop vite au bout.
Par où plus rien ne luit de l'aube, de l'enfance ou de l'amour.
La fin, cette page blanche, ce désert, ce silence...

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19 mai 2012

Pause

ElenaGetzieh15

Le journal est un intermédiaire entre le silence et le texte, puis entre le texte et la parole.
Une terre où le jour attend de se dire.
Une zone où les ombres sont permises.
Navire à destination de soi.

Tant que je serai là, à perdre mes notes entre les lignes de cette portée, je ne serai ni dans le silence ni dans le texte.
Ni nulle part
N’importe où.
Dans les carnets de cette absence.

Le journal est un intermédiaire.
J’en suis là de l’écriture et j’en suis là de la vie
Une pause, entre le silence et le texte.
 

Crédit Photo : Elena Getzieh

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